PUBLISHERS & AUTHORS
DANS LE MIROIR DES MOTS
In the Mirror of Words

L’éditeur-Poète

JACQUES BREMOND
(France)
versifie
Le portrait du poète
Michael Glück

Auteur du portrait : Jean-Cristophe Robert
des marches d’Aubrac aux terres ruthènes
un certain compagnonnage
poète aux mains pleines de mots, besace toujours ouverte
yeux et voix offerts
quelques années, des kilomètres au son des clarines, des lectures et des poèmes
dits de sa belle voix profonde
l’amicale présence de michaël glück accompagne les Éditions depuis déjà longtemps
poète précieux qui sait dire l’humain, même au centre de la tragédie.
octobre 2011

Michael Glück présente

Le Maître des Colophons
pour Jacques Brémond,
l'ami,
le poète, l'éditeur
à l'article catalogue le Grand Robert cite :
Presque toutes les personnes dont j'ai parlé dans ces Mémoires ont disparu ; c'est un registre obituaire que je tiens. Encore quelques années, et moi, condamné à cataloguer les morts, je ne laisserai personne pour inscrire mon nom au livre des absents.
Chateaubriand

Je m'imagine en l'an 2801, en ces jours où nos noms propres seront, depuis longtemps, effacés des archives; je m'imagine vieil érudit, amateur obstiné, amoureux clandestin d'objets obsolètes; je m'imagine devant une collection de livres, devant ces livres, ceux-là à l'enseigne oubliée qui n'orna jamais le portail ouvrant sur le clos de la Cournilhe - il est encore debout, en ces années posthumes, l'arbre aux quarante écus, le ginkgo bilobé qui signait autrefois le lieu. Je m'imagine, ou plutôt j'imagine quelqu'un qui aura cessé d'être moi, un homme-poussière soucieux de relever un nom sur ces choses étranges (volumes de papier) devant lui rassemblées. Je l'imagine, mon double, mon autre, semblable aux savants d'hier, historiens en mal d'attribution, qui, devant le triptyque de la cathédrale de Moulins, restèrent muets. Voici l'œuvre d'un artiste inconnu. Que dire, alors, de celui qui a peint? Il fallut le nommer pourtant. Ce fut le Maître de Moulins. Mais les noms des lieux, en 2801, auront disparu.
Je l'imagine l'homme-poussière d'après-demain, de plus tard, je l'imagine ouvrant chaque volume à la belle page qui l'enclôt, se penchant sur les signes, déchiffrant cette langue perdue. Les mille exemplaires du présent ouvrage ont été achevés aux premières levées de l'hiver... ou bien d'après une composition en Garamond de corps 18, levée à la main par... et Sept cents exemplaires ont été réalisés sur des papiers de fond de caisse du moulin de saint Nabord... et encore imprimés sur vergé Rhapsodie et je l'imagine, cet homme-fiction dont je parle, en train de lever le livre vers la lumière et je l'entends répéter dans le grain du papier ce mot-là Rhapsodie et le voilà qui reprend sa lecture achevé d'imprimer sur des mauvais papiers de fruits pour les pluies des morts de novembre ... et je l'imagine encore pointant ici une espace erronée ou ailleurs une lettre écrasée, je l'imagine dans les pas du métier. Il lit encore la réalisation technique de cet ouvrage a vu le concours et les efforts réunis de plusieurs artisans du livre, ouvriers de techniques diverses. Qu'ils soient tous, ici, remerciés .
L'homme va maintenant d'un livre à l'autre, cherche toujours cette seule dernière belle page, impaire, l'homme recueille ces stèles, ces petites collines de mots, cette kolônê qui aurait donné le mot colophon et désigné la formule finale par laquelle le copiste s'expliquait sur sa copie, et l'homme-lecteur sait alors comment nommer au seuil du catalogue l'auteur inconnu, le poète-éditeur* ; il dit, il écrit : écoutez, voici paroles :
Pour la fraternité, la mémoire, les lieux partagés,
des Sources à Teotihuacan, des bords du fleuve à la Courtine,
sur toutes les places et les théâtres du monde,
les mots amis
les armes des poètes.
L'amour comme l'amour des blés,
ces paroles encore à inventer,
perpétuelle question des hommes.
La sentence restant l'illusion des dieux.
Pour l'amour et le plaisir de l'éditeur. Comblé.
Poètes : fidèles.
J'ai achevé d'imprimer pendant l'année ces
variations inédites à ce jour à partir du
poème de Paul Celan, écrites par l'ami,
comme un signe d'après départ,
pour dire l'honneur, l'amitié, le bonheur aussi
d'avoir à faire mémoire.
et l'homme-lecteur dit encore : écoutez
sang parole de l'arène des jours
...
laisser de minuscules taches d'encre assécher la feuille de papier
Mais ce sont là deux vers de Guillaume des Ors un livre d'un ami, poète nécessaire, que n'édita jamais le Maître des Colophons...
ce jourd'hui, 4 février 2001
* éditer viendrait du latin edere : mettre au jour et serait à rattacher à dare : donner. Le métier de Jacques Brémond est bien celui-là : donner lumière autant que donner à la lumière pour transmettre la parole par lui choisie. Comme un bouquet de mercis, dit un colophon.

II
Le don des livres
Cela ressemblerait à un roman, vous savez un de ces romans qui s'écrivent à plusieurs mains. Dix ans après. Tous les livres en fait s'écrivent à plusieurs mains et l'éditeur, celui-là particulièrement, celui-là, l'ami qu'il me plaît encore de nommer Le Maître des Colophons, comme on dirait des Anges Rebelles, de Moulins, de Flémalle ou d'ailleurs, y va, en ces livres qu'il compose, de sa main. Dix ans après encore, livres sont donnés aux jours - ces jours que nous sommes, lecteurs et parfois, aussi, auteurs. Dix ans après il tient bon, persiste et signe, diable d'homme, qui érode le temps, insiste en ces heures de choses mortes et consommables, résiste. Bien sûr lenteur, et parfois j'enrage, mais qui va lento… lontano, l'ami, lontano, tes livres qui arrivent par la boîte à lettres des rêves et que j'en consigne encore avec toi quelques uns...
ce jourd'hui, 5 octobre 2011
pour saluer encore, ce commencement d'un long poème en cours
ces prolongements de deux suites réalisées ensemble...

Ode pour la terre sans nous
pour J. B.
nous avons appris à dormir sous les mots
en entrant dans l’âge où l’on compte les morts
nous tournons les pages
vers un livre pétrifié
ou sa ruine
nous savons
que nous ne serons rien
à peine
bouche cendre ou bouche terre
les noms absents se multiplient
sur nos lèvres saisies par les rides
nous savons qu’il nous faudra quitter
nos mains appliquées à vêtir
les cahiers d’encre pâle
ce que nous pouvions faire
nous l’avons fait
nous le faisons encore
peu de choses
un poème
(…)
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EDITIONS
JACQUES BREMOND
Depuis 1975, publication de poètes contemporains, de manière artisanale.
Typographies, choix des papiers, spécificité des maquettes.
Intervention de peintres et plasticiens.
Une collection bilingue.
Sites :
http://d.f.pagesperso-orange.fr/jbr.html
http://www.lekti-ecriture.com/editeurs/-Jacques-Bremond,179-.html
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