PUBLISHERS & AUTHORS
DANS LE MIROIR DES MOTS
In the Mirror of Words

CLAUDE BER
(France)
Ecrivain
Codirectrice de la collection
Accents Graves Accents Aigus
aux

Editions de l’Amandier, Paris.
Chère Rodica,
Merci beaucoup de ton invitation sur le thème de la relation éditeur/auteur, où tu me demandes d’intervenir du côté de l’éditeur et à laquelle, finalement, je choisis de répondre sous la libre forme de ce mail.
Impossible pour moi de sélectionner des publications « coup de cœur » comme tu m’y as invitée. Elles le sont toutes ! Ce serait écarter de ce choix d’autres titres de la collection Accents Graves Accents Aigus que je codirige avec Laurent Citrinot aux éditions de l’Amandier. Je peux d’autant moins en élire certains au détriment des autres que la publication d’un livre résulte de choix concertés entre les deux directeurs de la collection et le comité de lecture, où les « coups de cœur » sont polyphoniques si je puis dire ! Et nous tenons beaucoup à cette polyphonie et à cet « éventail » qui, dès la création de la collection, a été préféré à une « ligne ». Bien sûr, des critères définissent cette collection consacrée à la poésie contemporaine, notamment d’exigence et de singularité du cheminement poétique, mais elle se veut ouverte aux multiples voix et voies de la poésie.
Ce choix de la diversité se traduit aussi par la présence côte à côte d’auteurs de langue française et de langue étrangère publiés en bilingue. A l’heure de la planétarisation, celle de la poésie, nous paraissait indispensable comme nous paraissait intéressant de mettre en tension et en dialogue des écritures poétiques différentes. De là, d’ailleurs, le titre de la collection.
Je préfère donc, en un coup de cœur coloré simplement d’immédiate actualité, présenter les trois dernières parutions et les deux à paraître en cette rentrée, qui donnent un aperçu représentatif de notre travail. S’y trouvent, en effet, quatre inédits, Le Voyou céleste de Laure Cambau, auteur depuis longtemps publié aux éditions de l’Amandier et couronné par le prix de la SGDL, J’en gage le corps, du poète français Hervé Martin, dont l’édition consacre un long parcours de publications en revues, Yellow swing (Jaune balançoire) texte édité en bilingue de la poète de langue anglaise Rosalind Brackenbury, Le bal des hippocampes, inédit du poète réunionnais largement reconnu Boris Gamaleya et une réédition d’Environs du bouc de Sophie Loizeau, dont la précédente édition est épuisée.
A travers ces exemples s’expriment les directions majeures de la collection : donner leur chance aux premiers manuscrits ou aux auteurs entamant un parcours éditorial, réserver une place à des poètes confirmés, introduire la poésie de langue étrangère aux côtés de la poésie de langue française, redonner une vie à des textes de qualité devenus introuvables et enfin assurer le suivi éditorial des auteurs déjà édités chez nous.
Tu m’as, généreusement, proposé de présenter ces textes et leurs auteurs en quelques lignes. Gageure ! Pourtant c’est bien là, le rôle d’une quatrième de couverture, ce verso du livre réservé à l’éditeur, où il tente d’en présenter l’essentiel au plus bref. Cette parole de l’éditeur, à laquelle je participe et qui peut, aussi, recourir à la citation d’articles, me semble tout à fait appropriée pour cette présentation et je les insèrerai à la fin de ce mail.
Ce que je pourrais ajouter de plus personnel concernerait la relation avec les auteurs, qui, à mon sens, requiert à la fois engagement et réserve. Je n’aimerais pas, en tant qu’écrivain, que mes éditeurs détaillent trop complaisamment cette relation personnelle, fondée sur la confiance, qui conjugue la proximité – car quoi de plus proche d’un écrivain que son écriture - et la distance permettant à la publication de garder une autonomie par rapport aux liens qui se nouent entre les personnes. Il peut exister des affinités, des sympathies avec un auteur et pas avec le dernier livre qu’il présente. L’inverse aussi. Il me paraît, en ce sens, important de distinguer les relations de l’éditeur - ou de son relais qu’est le directeur de collection- avec les livres de celles avec leurs auteurs.
Ce sont deux relations inévitablement mêlées car on ne peut rêver échapper à nos sympathies et à nos affinités - et pourquoi d’ailleurs ?-, mais on n’édite pas les « personnes » qu’on j’aime, mais les livres qu’on aime…Parfois c’est tout un, parfois non. Au delà des liens de confiance, d’amitié même qui se tissent entre auteur et éditeur, doit demeurer, à mon sens, une marge sinon objective du moins réservée au livre seul, où l’éditeur reste face à lui décisionnaire, au risque, toujours présent, de se tromper.
Mais c’est cette prise de risque qui fait l’intérêt et la beauté de son travail. Cet acte dit mieux que tout discours qu’il croit en un texte et en sa nécessité d’exister. Son point de vue s’exprime de ce fait davantage avant la publication qu’après. Dans son acceptation ou son refus d’un manuscrit, sa correspondance, ses entretiens avec les auteurs. Dans les remarques qui inciteront éventuellement à un retravail. Tout au long, en fait, du processus d’édition d’un ouvrage. Ce qu’un éditeur pense d’un livre se traduit par l’édition. Ensuite la parole est au lecteur, au journaliste, au critique…
Mon rôle à la codirection d’une collection est antérieur à cette parole publique, davantage d’écoute que de parole. Etre ouvert au delà de sa propre esthétique, attentif aux manuscrits et aux auteurs, renvoyer à ces derniers une lecture critique à la fois vigilante et bienveillante, les aider parfois à retravailler par quelque maïeutique, calmer aussi leur impatience et leurs angoisses est le plus important de ce travail. Toujours émouvant car il préside à la naissance d’un livre. Délicat aussi. Parler d’un livre l’est de même, mais pour le critique, le journaliste, le livre existe quoi qu’il en dise. L’éditeur, lui, intervient avant que le livre n’existe tout à fait. Il n’est encore qu’un manuscrit quand il lui parvient et c’est de lui et de son avis que dépend qu’il devienne livre. C’est là sa responsabilité. Certains éditeurs tiennent à décider seul, d’autres à s’entourer des appréciations de leur comité de lecture. Personnellement, je trouve important que mon intime conviction, mes « coups de cœur » comme mes rejets s’interrogent collectivement, mais la décision ultime, et c’est normal, revient à ceux qui prennent le risque d’éditer, Henri et Laurent Citrinot.
Certains éditeurs commentent volontiers leurs publications, d’autres sont plus réservés jugeant que leur choix de publier un livre dit assez leur engagement et préfèrent mettre en avant d’autres propos. Je me sens plus proche des seconds car, à écrire sur les livres de la collection que je codirige, j’aurais l’impression d’outrepasser mon rôle et de trop faire le clerc et le capelan !
Je n’ai aucune réticence, en revanche, à contribuer à la légitime publicité qu’un éditeur fait à ses livres et qui s’exprime de multiples manières, à travers la citation d’extraits critiques, l’affichage de prix littéraires, la réalisation d’évènements comme ceux que les éditions de l’Amandier organisent avec la Théâtre de la Pépinière durant le Printemps des poètes et toute manifestation qui contribue à la diffusion des auteurs et à la construction de la réputation d’une maison d’édition.
C’est ainsi sans hésiter que je signale que cette toute récente collection âgée de quatre ans à peine, affiche déjà, parmi ses titres, trois prix poétiques d’importance, le prix international de poésie Ivan Goll pour le texte de Sophie Loizeau, Environs du bouc, et celui de Claude Ber, La Mort n’est jamais comme, tous deux réédités dans la collection, ainsi que le prix Ponceton de la SGDL pour Le Voyou céleste de Laure Cambau.
C’est aussi sans hésiter que je souligne la contribution du CNL, les coéditions avec la Maison de la Poésie de Saint Quentin en Yvelines comme récemment pour Le Fou de Benoît Lepecq et Annette entre deux pays de Jacques Jouet publiés hors collection mais qui font tout autant partie de l’éventail poétique proposé par les éditions de l’Amandier ou bien encore le soutien de la région IDF car ce sont des marques d’encouragement d’une démarche éditoriale.
Et, si ce n’était beaucoup trop long, ce serait encore sans hésiter que je citerais les nombreux articles parus sur les recueils édités, les entretiens sur France culture de Rosalind Brackenbury ou antérieurement de Joëlle Gardes (Dans le silence des mots), les lectures de nos auteurs dans de nombreux festivals et manifestations prestigieuses et dans des maison de la poésie ou toute autre forme de reconnaissance qui accueille nos publications et récompense nos auteurs.
Cela me paraît dans mon rôle de codirectrice de collection. Qui se situe, au fond, au deux embouts opposés de la confidentialité du rapport avec les auteurs et de la légitime publicité à faire aux livres. Car ce qu’attendent nos auteurs, c’est qu’on parle de leurs livres, qu’on les lise…Place à eux donc, qui sont l’essentiel !
Ci dessous la quatrième de couverture des cinq livres cités, dont, bien évidemment, il me paraît important qu’ils soient, comme tous ceux de la collection, lus, diffusés, connus le plus possible. Il y a, là, des voix à découvrir, différentes, singulières et par cela même précieuses qui nous mènent de l’univers à la fois grave et ludique de Laure Cambau à l’intimité sensuelle de ce corps écrit qu’est le texte de Sophie Loizeau, de l’expérience de la mémoire et du deuil chez Hervé Martin à l’interrogation de la vie dans la surprise du quotidien et de nos destinées collectives chez Rosalind Brackenbury jusqu’à la cosmogonie poétique polyphonique de Boris Gamaleya. Chez tous la langue travaille, s’explore, s’invente dans ce dire en poésie disant ce qui ne peut se dire autrement qu’en poésie.
Et je préfère, enfin, laisser tout l’espace que tu m’ouvres généreusement sur ton site à ces cinq livres plutôt que d’honorer ta proposition d’un portait de moi par un des auteurs. Je n’apprécierais sans doute pas, en tant qu’écrivain, d’être mise en posture de refuser comme d’accepter de me plier à l’exercice. Je ne me sentirais pas tout à fait libre face à cette demande. Je trouverais embarrassant de devoir écrire sur quelqu’un, dont dépend, en partie, la parution de mes livres. L’auteur que je suis prend sans doute, là, l’ascendant, mais c’est bien ainsi.
Avant tout, je suis écrivain. Mon engagement dans l’édition fait partie, comme les conférences, les interventions en université et autres actions, de ma participation à la vie littéraire de mon temps, à la diffusion et à la reconnaissance de la poésie, qui me paraît un enjeu essentiel. Pour le reste, il suffit qu’on écrive sur l’écrivain que je suis et sur ses livres sans aller, en plus, dresser portrait en pied de mon modeste travail aux éditions de l’Amandier. Pour que ce portrait d’éditeur soit intéressant, il faudrait que ce soit celui de leur fondateur, Henri Citrinot et de leur directeur, Laurent Citrinot car, là, se découvrirait une véritable aventure éditoriale, à laquelle je suis très heureuse de participer, je tiens à le souligner.
Il faudrait y ajouter une présentation plus complète des Éditions de l’Amandier qui ne réduisent pas, loin de là, à la collection que je codirige. Déjà, en poésie, existe aussi la collection Le Voir-dit codirigée par Laurent Citrinot et Françoise Dax-Boyer, qui met en dialogue textes poétiques et arts plastiques. Et, au delà de la poésie, les Editions de l’Amandier sont une importante maison d’édition de théâtre contemporain, pièces et essais français et étrangers, auquel s’ajoute un volet de publications romanesques.

Pour les mieux connaître il suffit d’aller sur le site http://www.editionsamandier.fr . C’est le meilleur moyen de découvrir les auteurs publiés, les collections, les dernières parutions. De prendre, au delà de l’achat de livres, un contact direct avec ces éditions en tant que lecteur comme en tant qu’auteur.
Et mon dernier mot sera pour ces auteurs, qui sont la force vive d’une maison d’édition et sa raison d’être, notamment pour ceux, dont nous recevons les manuscrits emplis de leurs espoirs de parution : qu’ils s’informent sur les éditions qu’ils contactent avant d’envoyer leurs textes. Lire et écrire sont indissociables. Comme Malraux disait du peintre qu’il n’est pas celui qui aime les paysage, mais celui qui aime les tableaux, de même un poète est avant tout celui qui aime la poésie, qui la lit, la connaît, qui s’interroge sur ses chemins présents comme sur sa propre écriture, qui prend connaissance des publications des différents éditeurs, notamment de ceux qu’il sollicite.
Cela fait, que ces auteurs en puissance n’hésitent pas à envoyer leurs manuscrits, sachant que ces derniers seront toujours lus très attentivement et qu’à travers la volonté de donner place dans la collection Accents Graves Accents Aigus à des voix multiples de la poésie contemporaine s’expriment une curiosité et un désir d’ouverture mais aussi une exigence et une ambition...
CINQ AUTEURS
DE LA COLLECTION « ACCENTS/GRAVES ACCENTS AIGUS » EDITIONS DE L’AMANDIER
Pour plus d’informations sur chacun d’eux consulter le site des éditions de l’Amandier
Rosalind Brackenbury

YELLOW SWING / JAUNE BALANÇOIRE
Editions de l’Amandier 2011
Publié aux Etats Unis en 2004 et inscrit dans la poésie américaine contemporaine comme dans la lignée des Thoreau et les Whitman, ce recueil se place sous le signe du balancement entre les lieux, les époques de la vie, les tonalités contradictoires qui traversent nos instants, entre l’écoute de l’intime et l’écho des autres et du monde.
C’est un regard original qui s’attache ici au détail du quotidien, au verre d’eau, au livre, à la tranche de pain, à la mèche de cheveu comme au vent, aux arbres, et qui, dans une écriture sensuelle, dit crûment le désir – « seins, ventre, fente ouverte ; ma tête/petite, renversée, abandonnée, mains /qui s’envolent comme oiseaux. Je te suis transparente, creusée de telle sorte/que le boulon peut me traverser toute entière »-, la nostalgie, l’émotion tenue de l’instant heureux, l’affection familière comme la douleur dont « chacun a été frappé de manière indicible », égrenant le quotidien avec une apparente simplicité revendiquée comme un art poétique – « et je me rappelle que Van Gogh écrivit à son frère Théo pour lui dire/ j’ai deux bonnes chaises de cuisine,/un de ces jours je les peindrai. » - mais qui sait aussi assez mûr « pour désirer encore atteindre/ce qui reste hors de portée, sauvage, gratuit,/un goût sur la langue, la ténue et lisse et vraie saveur/de ce qui n’est pas facile. » Dans ce cheminement attentif, le poème est à la fois le lieu de l’ultime refus de nos destructions quand le poète est peut-être « le dernier sur terre à crier son désaccord » et celui de la réconciliation et d’une authenticité essentielle.
Peins ton visage, peins le souvent,
et que ce soit le visage du monde.
Parle à haute voix de l’échec,
comment il nous hante tous.
N’essaie plus de devenir
l’artiste que tu voulus être
et sois l’artiste que tu es.
LAURE CAMBAU

LETTRES AU VOYOU CÉLESTE
Prix Poncetton 2011
Editions de l’Amandier 2011
Laure Cambau, qui a
déjà publié plusieurs recueils de poèmes, propose là deux livres en un sous le
signe d’une adresse à l’autre, réel ou imaginaire.
Artaud écrivait : « un poème sans destinataire n’a pas d’existence » et à qui s’adressent sinon à nous Les Lettres au voyou céleste et néanmoins premier lecteur? « Corps étranger dans un corps étrange », « sa chambre donne sur le quai numéro 1 », à l’ouest de nulle part, à la recherche éternelle du « carré vicieux de l’invisible amour ». « Fleurs extra-terrestres et œufs de mots », l’auteur noircit ses « carnets d’attente » et le lecteur est à la fois destinateur et destinataire de ces lettres où le jeu de mots se fait aussi jeu de maux quand « la mort intime, tropicale, porte des culottes équitables ».
Blanc sans blanc dialogue, de son côté, avec la peinture d’Omer Kalesi, artiste balkanique qui vit à Paris depuis 1965. Amorces de biographie poétique dans un univers peuplé de derviches, d’enfants et de bergers, plongée dans le monde « omérique », hommages à son maître Goya, à Jacques Lacarrière et Ismael Kadaré qui lui ont consacré chacun un ouvrage, s’imbriquent dans une voix qui tenterait à son tour, « dans l’ombre du septième étage du septième ciel », « la conversion des spectres sauvages ».
Une même tonalité traverse ce diptyque où l’écriture joue de l’inattendu pour dérouter l’ordre des choses et donner à percevoir un décalage joignant ironie et légèreté ludique, fantaisie et gravité.
Boris Gamaleya

Le Bal des hippocampes
Postface de Patrick Quillier
Editions de l’Amandier à paraître en octobre 2011
Un certain nombre de happy few, de par le monde, considèrent Boris Gamaleya comme l’un des poètes majeurs de langue française d’aujourd’hui ; sa renommée mérite de dépasser ce cercle d’initiés et de s’étendre largement au delà de la Réunion, où son premier livre, Vali pour une reine morte, fut et demeure un événement considérable dans l’histoire de la poésie réunionnaise.
Le poète le dit « Un ciel nous vient / du fond des choses » et nous sommes de même appelés à faire advenir du fond de cette œuvre cette sorte de ciel qui éclaire inlassablement « les coïncidences du tout ouvert » et à suivre l’humeur à la fois vagabonde et méditative de cette poésie qui brasse l’univers et l’histoire: « Laissez moi au moins aller avec les oiseaux — dante et famille — reprendre mes esprits. »
Car, « à portulan ouvert », Boris Gamaleya donne, ici, à entendre, tous azimuts, des « basaltophonies », compositions où retentissent et s’entrelacent des voix qui sourdent de la lave, de la pierre — un puissant et divers chant du monde —, mais aussi une symphonie de voix humaines, au premier chef celle des spoliés et des opprimés. Entrer dans Le Bal des hippocampes, c’est entrer dans la danse de l’univers dans une sorte d’arche universelle, encyclopédie de la nature et de la culture où « la roue de Virgile » côtoie la Messe « Maria Zart » de Jacob Obrecht, où la flore tropicale se mêle aux espèces du monde entier, où de multiples langues se combinent en tour de Babel heureuse, et où « les archives du bruit » sont consignées « dans les trous du silence »…
Décliné en sections d’aphorismes rangées par ordre alphabétique, Le Bal des hippocampes déploie une cosmogonie en même temps qu’une configuration de constellations symboliques comme une série de sourires (voire de rires) métaphysiques.
Sophie LOIZEAU

ENVIRONS DU BOUC
Editions de l’Amandier à paraître en octobre 2011
(…) Sophie Loizeau, après le très remarqué La Nue-bête (…), a resserré ses thèmes de prédilections en les poussant aux extrêmes (sensualité et violence des corps et des membres, éléments naturels et faune en alerte…) à travers ses petits poèmes païens au vers long et comme hors d’haleine (…). Sophie Loizeau a réussi là à écrire au plus près de son corps, écartant tout sentimentalisme ou afféterie (…) On pourra être soit dérouté soit enchanté par cette jubilation dilatée dont elle témoigne. Et c’est pour cela – pas de juste milieu – que ce recueil, à n’en pas douter, fera date.
Thierry Clermont, Le Figaro littéraire 24 mars 2005
(…)Avec Sophie Loizeau, on remonte les lunaisons, on franchit les ères, on donne consistance à ce qui de la nuit sexuelle monte à la conscience, s’incarne en corps de désir et désirs du corps…
Richard Blin, Le Matricule des anges n°62, avril 2005.
(…) Par-delà la jubilation et l’effroi, Sophie Loizeau fait preuve d’une étonnante capacité à retrouver sur la page, en quelques mots, la pétulance du désir, l’élan vital qui le porte et parfois l’interdit – un désir mêlé d’abandon et de révolte. Drôle parfois (en particulier dans « Ex voto »), enlevé souvent (c’est bien le moins), appelant à la rescousse de très archaïques figures dont celle de Pan, les poèmes réunis ici, comme le note Bernard Noël en guise de présentation laudative « dressent des organes inattendus, projettent des figures inconvenantes, cherchent l’accouplement avec l’œil qui les touche. Il faut que lire comme écrire soit une tâche organique… ».
Bertrand Leclair, La Quinzaine littéraire, mai 2005
(…) Attention, rien d’égrillard ici, l’accent est grave, sombre, comme l’animalité que nous frôlons sans cesse, comme cette « frénésie en pleine nature / ce bas plissement parallèle au pli de l’aine faille aînée qui sève / d’être vue ».
Patrick Kéchichian, Le Monde 24 juin 2005
HERVÉ MARTIN

J’en gage le corps
Editions de l’Amandier 2011
Construit en triptyque, ce recueil d’Hervé Martin explore la perte, la filiation et l’enfance « travaillant le corps ». Ce qui ne parle pas heurte de front la « question de la mort » quand l’expérience du deuil égrène les noms des disparus, « portions de soi/parties comme un membre ». Parents, amis, anonymes engloutis dans le « chambranlement des vies » dont le souvenir réanime des bribes qui balbutient dans « l’hésitement » d’une langue heurtée et trouée de blancs l’impossibilité à « nommer la perte », la « peine qui est là dans l’arythmie ». Ce sont père et mère que les deux monologues de « Sur l’encours des jours » font revivre en même temps que se recompose le vers du poème qui tente d’«extraire du passé la racine ».
Et se réinvente la vie de la mère - « j’invente j’invente/ comme ce jour de Noël/ orangé rouge les oranges/ sanguines ce possible » - tandis que « perce dans sa voix le tendu de la chair » et que l’écriture « tremble » identiquement « des mots » qui racontent la joie, la douleur et les rêves perdus dans l’effacement du souvenir.
Et s’interroge le manque du père lointain « l’inaccompli », «ce noyau/ de l’échange perdu » dont ne reste que frêles réminiscences.
« Que cherches-tu/dans ce fouillement ? » interroge, au final, le poète dans « Contre la nuit » tandis que ce cheminement intérieur, tout d’émotion retenue, qui lie l’enfance à la mort - l’infans qui ne parle pas à ce qui ne parle plus- se clôt sur l’aveu de l’attachement simple « tu les aimes – dis-le ces corps meurtris du temps » élargissant à tous « la main tendue au vide » dans l’expérience commune et simple de nos vies.
_________________________________________
Claude Ber, née à Nice, vit à Paris. Poète, auteur dramatique. Parmi ses publications en poésie: La Mort n’est jamais comme (Prix International de poésie Ivan Goll), L’Inachevé de soi (peintures P. Dubrunquez), Méditations de lieux (photographies d’Adrienne Arth), Sinon la Transparence, Éd. de l’Amandier, Vues de vaches (photographies C. Derouineau) Éd. de l’Amourier, Le livre, la table, la lampe Ed. le Grand Incendie, Lieu des Epars, Ed. Gallimard. En théâtre : La Prima Donna suivi de L’Auteurdutexte, Orphée Market Éd. de l’Amandier. A cela s’ajoutent livres d’artistes (Estampillé, Boites noires Ed. Transignum, A l'angle, dessins de Serge Chamchinov etc.), ouvrages collectifs (Le livre pauvre, Ed. Gallimard, La sagesse, Ed. Autrement, Aux passeurs de poèmes Ed. CNDP/Le printemps des poètes, Burqa ? Ed. le Chèvre Feuille Etoilée etc) et catalogues d’art. Présente dans de multiples revues, sites et anthologies (Couleurs femmes éd. Le Castor astral, Métamorphoses, L’Année Poétique 2008 et Anthologie Poésie de langue française Ed. Séghers, etc), C. Ber donne de nombreuses lectures et conférences en France et à l’Etranger (festivals de poésie, universités etc.) rassemblées dans Libres paroles Ed. le Chèvre Feuille Etoilée. Agrégée de Lettres, elle a enseigné les lettres et la philosophie en lycée et en université puis occupé des fonctions académiques et nationales, et intervient actuellement à Sciences Po. et à la Sorbonne. Membre de nombreuses associations, présidente du Jury Forum Femmes Méditerranée, elle joint à sa création littéraire des actions dans les domaines de la culture, de la défense des droits des femmes et des droits humains. L’ensemble de son écriture « considérable par son unité d’inspiration comme par sa richesse lucide » (Marie Claire Bancquart, Autre Sud n°42) et son parcours lui ont valu d’être décorée de la Légion d’Honneur.
Site www.claude-ber.org