Zack Rogow
(USA)

Maintenant c’est toi ma carte, ma géographie:
la Forêt Noire de tes cheveux,
tes yeux, deux lacs alpestres,
brasse après brasse,
la bouche aussi rouge que la terre labourée des Carolines,
ces épaules
comme les tours crayeuses de Douvres,
tes seins en Pain de Sucre
près de tes bras péninsulaires—
Baja,
Malaise,
et les bouts de tes doigts
quand ils me touchent—
des archipels polynésiens.
Sérengéti la température
de ta peau.
Ta taille panaméenne s’évase
en hanches vénézuéliennes
et entre elles
l’Amazone, le delta, espèces rares
des Galapagos, récifs de corail aux poissons ultraviolets—
en l’espace de quelques mois
tu es devenue la seule planète où j’habite.
Et tes jambes vont s’amenuisant
comme un continent qui part pour le sud,
l’une se terminant en Tierra del Fuego—
le Pays du Feu—
et l’autre par le Cap de Bonne Espérance.
traduit par Renée Morel et par l’auteur
© 2008 by Zack Rogow
Le Vol 000
c’est la nausée légère
juste avant d’atterrir
quand tu te rends compte que ce vol
avec ses géodes de montagnes neigeuses
et ses lacs de glaces antiques
ce vol
qui aurait pu t’emmener n’importe où
se pose sur l’asphalte comme sur un tambour
dans une ville particulière
où des voitures avancent telles des fantômes le long de l’artère
et des familles avec des micro-ondes blessées
et de vrais noms dorment
dans ces maisons de poupée au-delà de la piste d’atterrisage
et que ta vie c’est pas toutes les vies
mais seulement la meilleure
que tu puisses atteindre
pendant les jours qui te restent
traduit par Renée Morel et par l’auteur
© 2008 by Zack Rogow
Leçons de patinage
Je remorque ma fille de six ans autour de la patinoire,
choqué par cette île de glace,
comme elle isole chaque individu—
le parka jaune,
les moufles bleues,
le bonnet de laine rouge
contre un fond blanc
comme dans l’atelier d’un photographe.
Ma fille glisse à côté de moi,
apprenant à patiner
tandis que je lui tiens la main. Elle me serre
plus fort quand elle a peur
que ses pieds partent sans elle.
Nos lames dessinent des lignes argentées
qui s’entrecroisent.
C’ést hier que je lui ai dit
que j’allais quitter sa maman.
<<Comment écrit-t-on HAINE?>>
m’a-t-elle demandé,
me griffonnant un mot
sur un rouleau de papier de caisse.
Mais aujourd’hui ma fille patine
à côté de moi, faisant ses premiers pas
chancelants toute seule,
sans me tenir la main. Elle m’explique
comment elle va s’y prendre:
<<Quand tu seras près de moi je ferai
comme si tu n’y étais pas—quand tu ne seras pas ici
je ferai comme si tu y étais.>>
traduit par Renée Morel et par l’auteur
© 2008 by Zack Rogow
Quartier français—la Nouvelle Orléans
N’était-ce pas le rêve cette nuit-là dans Bourbon Street
quand nous nous sommes infiltrés dans un bar piano sentimental
qui avait été une forge française
les murs encore noirs des flammes du feu
et la voix soûle et traînante à la Louisiane
habillée de blanc des pieds à la tête
comme un fantôme de Tennessee Williams
t’a donné son boa en plumes tout à fait étranger
l’enroulant autour de toi
pour que tu formes une hélice double
autour du réverbère dans St. Philip
quand tu as fait la moue pour cette photo
and n’a-t’on pas littéralement
dansé dans la rue cette nuit
devant chaque bar Zydeco jazz Cajun Salsa fluorescent
toi qui te balançais avec ce sourire détendu regardant vers le ciel
jusqu’à ce que je sache que cet amour n’irait nulle part
était complètement impossible
sans ces moments
si incandescents
qu’ils font s’évanouir tous les doutes d’avant l’aube
traduit par Renée Morel et par l’auteur
© 2011 by Zack Rogow
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Zack Rogow est l’auteur de six recueils de poésie, dont le plus récent est The Number Before Infinity/Le Numéro avant l’infini. Il a traduit du français vers l’anglais des auteurs aussi divers qu’André Breton, George Sand, Colette et Marcel Pagnol. Zack Rogow est aussi dramaturge et professeur au California College of the Arts et à l’Université d’Alaska.