Leliana
Stancu
(Roumanie)

(Pseudonyme littéraire : Violinne)
THEÂTRE

ONIRIQUE

La Grotte de la Promesse
Je suis Ana. Je me
suis enfermée dans la montagne comme une momie dans sa propre pyramide. Passez
attentivement, pour ne pas me sortir de mon sommeil millénaire, de ma propre
anxiété. J’ai couché sous les dalles de pierre stérile mon âme vagabonde que vos
pieds frottent comme dans un délicat tumulte. Les murs, pour vous froids et sans
voix, sont, pour moi, des fantasmes de la pensée. Ma maison est un refuge pour
papillons et à sa fenêtre l'éternité attend.
A Julie, avec amour

ACTE I
Les
personnages:
L’Écrivaine – une femme entre deux âges
La Conscience – une petite fille avec des tresses serrées et un biberon
La Rébellion – une femme avec une pipe

Un décor
de grotte. Au milieu,
une table avec un ordinateur portable. Sur une chaise, l’Écrivaine regarde,
absente, par terre. A droite, un banc en bois. Là, la Conscience tête son
biberon et joue à sauter sur des carrés imaginaires. De temps en temps, elle
s’arrête et elle regarde l’écrivaine, peu étonnée. A gauche, La Rébellion fume
une pipe vide, tourne en rond et fait d’étranges signes.
La Conscience (étonnée, regarde vers l’Écrivaine): Mais que fais-tu là?
Je croyais que tu écrivais, je ne pensais pas te déranger…
L’Écrivaine (distraite): Je regarde comment un petit coléoptère lutte
pour sortir de la boue. Evidemment, tant qu’il lutte, tant qu’il s'enfonce plus…
Je n’ai aucune pitié pour lui, je n’aime pas les petits coléoptères; je ne
l'aurait pas vu s’il ne m’avait pas éclaboussé un peu. Je n’aime pas la boue. Je
pourrais l’écraser avec le pied, mais je ne veux pas salir mes chaussures. De
toute façon, il mourra, lentement. Les coléoptères ne vivent pas au soleil.
Parfois ils sortent la tête de la boue et ils éclaboussent autour d'eux. Un peu.
La Rébellion (avec un rien de dédain): Pourquoi les regardes-tu?
L’Écrivaine (rêveuse): Certains, plus habiles, peuvent parfois attirer la
sympathie en prenant des formes trompeuses quand, pour quelques moments, ils
déplient leurs ailes comme des papillons… puis retournent dans la boue où est
leur place.
La Conscience (saute à une corde imaginaire):
De toute façon, je ne te dérange pas trop souvent…
La Rébellion (autoritaire): Sois plus féroce, plus combattante! Tu restes
ici et tu rêves à écrire… Même pas à vivre, seulement à écrire…
L’Écrivaine (avec un geste d’indifférence): Contre qui dois-je lutter?
Contre les hommes? Pour moi, ils sont passés depuis longtemps, ces combats.
La Rébellion (pensive): Lutte avec des idées!
L’Écrivaine (avec un sourire triste): Pas plus avec des idées parce que
je ne veux pas changer le monde, je veux seulement en profiter autant qu’il
m’est permis. Et pas plus contre les moulins à vent – je n’ai pas le temps, je
suis un être humain avec un temps limité; j’ai toujours fui les conflits et les
rustres et je n’ai même pas trouvé une seule raison pour laquelle je
supporterais l’état conflictuel.
La Conscience (arrêtant son jeu): Maintenant tu veux un prix pour la
paix?
L’Écrivaine (souriant): Outre les compétitions sportives, le seul être
humain contre lequel j’ai jamais lutté, ça a été moi-même. Très rarement. Et
assez faiblement…
La Conscience (autoritaire): Alors, écris!
L’Écrivaine (avec un geste d’indifférence): Ecrire, quoi?
La Conscience (souriant): Ecris sur ton enfance, avec la nostalgie de ton
village natal, des coutumes, des traditions…
L’Écrivaine (étonnée): Mon village natal a été une ville en plein
développement industriel. Ecrire quoi? Qu’avec mes amies nous avions effrayé les
braves habitants, en brisant les vitres, en saccageant les jardins de fleurs, ou
encore en courant après les saints dans l’église?
La Conscience (confuse): Non, pas ça…
La Rébellion (en riant): Tu allais à l’école pour donner des leçons et
pour te reposer.
La Conscience (rêveuse): Et quand ils voulaient te donner un prix, tu
t'échappais de cet accident.
La Rébellion : En réalité, tu as toujours été une sorte de directeur de
théâtre qui jouait mal ses propres personnages.
L’Écrivaine (elle sourit avec amertume): Après m'avoir tiré les ficelles
aussi longtemps, vous êtes encore à me critiquer? J'ai été comme une marionnette
au bout de vos doigts…
La Rébellion (en souriant): Tu as été une poupée blonde. Tu nous as
regardées et écoutées, aveugles et sourdes.
La Conscience: De toute façon, je reste muette… d'une telle surprise,
devant toi… qu’est-ce que je pourrais te dire de plus? J’ai essayé une fois
d’entrer dans ta tête… elle était bondée comme un cimetière d'idéaux et je n’ai
pas réussi.
La Rébellion (en riant): Cela se passait dans le cœur et il est un asile
de fous!
L’Écrivaine (souriant amèrement): Je sais, après ça vous allez me dire
qu’en réalité je n’ai ni tête ni cœur.
La Conscience: Mais si, tu en as mais ils ne sont pas authentiques.
Peut-on décapiter le Cap de Bonne Espérance? En tous cas, à la place du cœur, tu
as une fraise mûre. Tes mains sont toujours désordonnées. Je t’ai toujours dit
qu’une main lave l’autre… chez toi, elles semblent avoir des sexes et des
orientations idéologiques différents…
L’Écrivaine (souriant amèrement vers la Conscience):
J'ai beau me tasser mais je n’aurai pas de place dans ton imagination. Tu ne
comprends pas: mes idéaux ne se trouvent pas au cimetière, les uns sont tombés
si bas que je n’ai pas pu les atteindre, et les autres, je les ai déplacés dans
L’Eternité, pour ne jamais mourir. De toute façon, ils allaient dans des sens
contraires et ils s’entravaient les uns les autres. D’un tel accident tu es
apparue, petite.
La Conscience (triste, puis en montrant la Rébellion): Au moins, je viens
parfois chez toi, même si je ne te trouve jamais à la maison. Mais si tu ne veux
que des éloges, alors, qu’elle t’en fasse! Parce que je suis quand même sa
conscience aussi…
L’Écrivaine (d’une voix amère): Elle n’existe pas. Elle est seulement la
requête de l’instinct confisqué.
La Rébellion (elle regarde autour, préoccupée): D’ailleurs, si je n’étais
pas ici, vous ne sauriez pas qu’ici, à la fabrique des idéaux, vous vous trouvez
dans une chambre sans issue.
La Conscience (elle aussi, regardant autour): Tu as raison : aucune
porte, aucune fenêtre… D’ici on ne sort plus!
L’Écrivaine (elle regarde vers le haut, cherchant quelque chose): Mais
l’étoile qui nous guide, elle n’est plus là?
La Rébellion (en riant): Elle n’a jamais été là. Celle-ci était une
traînée de lait reflétée dans le lac et que le chat léchait en disant qu’il
mangeait des étoiles filantes ayant échappées au contrôle de l'esprit.
L’Écrivaine: Alors, si on ne peut pas partir d’ici, c’est simplement
qu’on ne pourra arriver nulle part. Et comme j’arriverai loin, s’il ne s’est pas
réalisé, ce destin des chats!
La Rébellion (décidée): Tu veux une porte? Je t’en ferai une!
Elle dessine avec une craie une porte sur le mur, elle l’ouvre et la referme.
C’est tout, maintenant tu peux te sentir comme à la maison. Ton habitation est
ce silence absolu. Puis, elle récite pendant qu’elle danse autour de la scène:
Dans l'état sauvage qui est le mien
Je traverse des tempêtes solaires
Par des portes sans sorties,
Dans un cercle sans entrée
La Conscience (triste, à l’écrivaine): Tu ne comprends pas. Tu n’es pas
sur une île déserte; tu es toi-même une île déserte! Recouverte de
pierres-pensées sur lesquelles les vagues s'éclatent comme des cruches de
pensées. Ou une île flottante dans un univers vide qui coule comme une rivière
de larmes entre les habitants fantaisistes. Une rivière faite avec leurs propres
larmes…
L’Écrivaine (pensive): Moi, je suis un principe!
La Rébellion (en riant, à la Conscience): Tu cherches des arguments pour
lui justifier son existence ou quoi? Elle croit toujours que la lune monte
chaque nuit pour éclairer son inspiration.
L’Écrivaine (elle rit jaune): C’est à cause de vous que j’ai maintenant
une double personnalité, au lieu de la personnification de l’innocence
programmée cosmiquement.
La Rébellion (en riant): Pardon, nous sommes dans une lutte sans
survivants!
La Conscience (triste): Oui, parce que je suis à petite échelle pendant
que toi tu t'étends comme l’éternité.
La Rébellion (fière): Et nos horizons le sont aussi. Le tien, au niveau
de ta minuscule naïveté, le mien, dépassant toutes les attentes…
L’Écrivaine (demandant étonnée): La Lune n’est pas venue avec le premier
train?
La Conscience (indifférente): Non, seulement les étoiles. Mais elles
descendent au premier arrêt. Ici il n’y a personne pour les décharger.
La Rébellion (avec des grands gestes): Il serait mieux que tu tires sur
quelques cordes pour les décharger du train et ensuite leur redonner la liberté.
A quoi ça sert, des étoiles tombées? Garde tes distances! Tu as tes chimères …
Comme celle de l’écriture.
La Conscience (en riant): Laisse-la, maintenant qu’elle n’écrit plus.
Elle a écrit une fois et il y en a bien quelques uns qui ont commencé à lire…
L’Écrivaine (rêveuse): J’attends un colis en provenance des étoiles de la
chance.
La Rébellion: Les étoiles de la chance sont maintenant les bouffons de
l’univers dont rient en éclat les saints esprits. Elles volent sur les murs
cosmiques en chevauchant des chevaux verts.
La Conscience (à l’air rêveur): Si je pouvais rêver comme toi, je
dormirais toujours. J’ai vocation à être La Belle au Bois Dormant. Je suis
sensible comme un coq sur une clôture.
Puis elle commence à sauter sur les carrés imaginaires.
L’Écrivaine (après un temps, visiblement dérangée): Mais pourquoi
sautes-tu comme ça? Reste à ta place; voilà, sur le banc.
La Rébellion (en riant): Mais oui, c’est la Banquette Nationale! Une
succursale, ça ne l'intéresse pas.
L’Écrivaine: Vous, les deux, avez-vous signé un traité de paix? Car vous
êtes venues autour de moi comme dans la Danse de l’Union. Aucune en bon
voisinage avec le Rien: le summum de la conciliation. L’Immortalité avec l’Autre
Monde.
La Rébellion: Et au milieu, toi, la sauvage marionnette du désert de la
pensée. Résonnant tristement comme l’écho parmi les saules.
La Conscience (d’un air pensif): L’écho ne résonne pas parmi les saules,
mais peut-être que si dans ton Cœur vide?! Tu joues avec les mots.
La Rébellion (d’un air calme): Tu joues au Dieu, tu donnes des sentences.
L’Écrivaine (rêveuse): Jouer n’importe quelle chose, c’est jouer.
La Rébellion: Et toi, depuis quand tu donnes la priorité à tout le monde,
tu en es arrivée à te donner priorité, à toi même. Mais tu ne passes pas. Tu
fais la queue, en attendant un indomptable caprice de l’immortalité. Tes
“aspirations” semblent ne pas passer le niveau… pulmonaire.
La Conscience (ironiquement): Quelle chance que tu n’aies pas aussi la
folie de tes propres croyances.
L’Écrivaine (rêveuse): Le caprice de l’immortalité? Vous pouvez rire de
la mort car, n'étant pas nées, vous avez l’éternité au moins par définition.
La Rébellion: Caractéristique des esclaves révoltés, ils cliquètent des
chaînes mais sans relever la face de la terre, pour ne pas perdre leur
stabilité.
La Conscience (ironiquement): Ma chère ... à l'origine, nous avons tous
été des singes. Seulement, des arbres, certains sont allés vers le bas de la
corde, d’autres ont sautés directement dans les voitures et d’autres attendent
toujours pour prendre un Aérotaxi, mais il vole trop haut. C'est pourquoi ils
attendent que l'arbre croisse.
La Rébellion (calme): Les uns sont tombés des branches directement à
genoux. Un certificat médical leur est tombé dessus. Il y a une crise mondiale
des singes.
La Conscience (ironique): Maintenant, est arrivé le temps des boeufs
philosophes. Ils sont sortis des fables et ils parsèment la terre. Ils passent,
silencieux comme les philosophes, au carrefour des sentiers battus, sur le ciel
tombé dans la poussière de la route.
L’Écrivaine: Si vous continuez comme ça, je crois que vous allez vers la
restructuration et l'archivage.
La Conscience: Et à toi, qui te reste-t-il? Tu ne vois pas que nous
sommes tes seules amies?
La Rébellion (ironique): Mais non, elle en a encore quelques centaines...
sur Facebook.
La Conscience (étonnée): Et ça, c’est quoi?
La Rébellion (ironique): Un niveau supérieur de la conscience collective.
Là, ils sont tous bons et beaux. Ils ont plusieurs vies; en fait, certains ont
même plus d'éternités.
La Conscience (étonnée): Oh, c’est le Pays de la Jeunesse sans Vieillesse
et de la Vie sans la Mort… Ouvrons-nous des comptes, légitimons-nous!
La Rébellion (déçue): Nous ne pouvons pas. Nous ne pouvons pas avoir
d'amis. Pensse-tu que quelqu'un puisses être ami avec sa propre Conscience et sa
propre Rébellion en même temps? Ou bien être dans le même forum.
L’Écrivaine (inspirée): Faites-vous en offrir un sur le net. Vous, la
conscience, vous offrirez des réprimandes ... Vous, la rébellion, des raisons!
Il gagne celui qui donne plusieurs illusions. Vous pouvez payer avec les rêves
des autres, en copier-coller. Et on donne du bonus pour la photo en couleur.
La Conscience (révoltée): C’est de la fiction!
La Rébellion (ironique): Elle a de l’élégance…
L’Écrivaine (rêveuse): Elle est attractive…
La Conscience (plus bas): Gadgets! La solitude brisée en un clic de
souris ...
L’Écrivaine (rêveuse): Ceux qui portent des étoiles dans leurs âmes sont
comme une énorme constellation dans laquelle la gravité attire aussi des terres
mauvaises, et puis elle repousse des poussières d'or comme le grain de blé de
Zarathoustra.
La Rébellion (à l’air savant): Les idéaux manqués sont toujours restés à
la base de la tristesse. Et ceux réalisés, à la base de la déception. Le bonheur
est dans la recherche! Repoussez vos propres limites et votre bonheur
augmentera...
La Conscience (plus bas): Tout masque cache des larmes. De joie ou de
tristesse, comme un acteur qui a oublié son rôle, dont le souffleur est parti et
qui est dirigé par un directeur suicidaire.
La Rébellion (ironique): Vos ennuyeux idéaux cachent la peur de la
normalité. Les miens cachent des épaves à l'infini.
Elle récite, rêveuse, en fumant la pipe vide, avec de grands gestes.
Je vais vers la terre, comme l'océan,
Et je rassemble mes années transitoires
De l'infini qui m'apporte la tristesse
En de vagues continents de nuages ...
La Conscience (plus bas, vers la rébellion): Pour vous, la jungle des
grandes idées est simplement une intention de carré.
L’Écrivaine (rêveuse, parlant à elle même): Peut-être que je vais écrire
un livre... d'honneur.
La Conscience (étonnée): Qu'y écriras-tu?
L’Écrivaine (rêveuse): Les grandes vérités. Elles viendront et elles
signeront l'une après l'autre.
La Rébellion (visiblement étonnée): Que viennent rechercher les grandes
vérités dans cette grotte?!
L’Écrivaine (rêveuse): Le mystère…
La Conscience (ironique): Ici, dans la Grotte de la Promesse! Inflation
des vérités. Tu perds ton temps!
La Rébellion (calme): Le temps est infini. On peut en perdre autant qu'on
veut car qu’il ne finit jamais.
L’Écrivaine (regarde tout autour, rêveuse): Si j’avais seulement une
fenêtre! Pour regarder par là, voir le monde, la pluie, ou du moins une
précipitation idéaliste, le soleil, la lune, les étoiles… Sinon un rayon de
soleil, au moins un d’espérance!
La Conscience (ironique): Un homme, de plus…
L’Écrivaine (catégorique): Du soleil ou de l'homme. Je veux du soleil!
La Rébellion (en souriant): Et tu n’as pas assez de fenêtres? Dans l'ordinateur
portable, ouvre Windows.
L’Écrivaine (rêveuse): Je veux voir un vrai soleil.
La Rébellion (calme): Pour quoi faire? Car vous vous cachez encore dans
son ombre.
La Conscience: De plus, nous sommes dans une fosse commune.
L’Écrivaine (étonnée): Ce n'est pas vrai. Nous sommes sur la plus haute
montagne.
La Rébellion: Nous sommes dans la grotte. Où voyez-vous un pic? Si cette
grotte avait été dans un pic de montagne, nous aurions été écrasés sous le poids
de la sagesse...
L’Écrivaine (rêveuse): La profondeur de la grotte est si grande que tout
ce qui est autour se couvre de ridicule.
Elle récite, sur un ton dramatique, exagéré:
Des idées frappent les parois rocheuses
Et elles pleurent, supplient, rugissent des profondeurs;
J'écoute, je tremble de douleur et encore
Pleurant, je dors,... je regarde la télé ... et je mange...
Si seulement j'avais un miroir.
La Rébellion: Voulez-vous vous faire de la concurrence?!
La Conscience (ironique): Surtout qu'elle serait injuste. Elle ne
permettrait pas une telle discussion, en privé, avec nous.
L’Écrivaine: Quelle heure est-t-il?
La Rébellion (Elle ouvre la porte et regarde à gauche, à droite, puis
vers le haut et vers le bas et elle revient en refermant la porte): Il vient
justement de passer le morceau d'infini, nous nous approchons du milieu. Combien
de temps voulez-vous nous tenir en otages ici?
La Conscience (ironique): Nous sommes à la croisée des grandes vérités,
vous n'avez pas entendu? Elles viennent de partout, elles nous entourent, elles
nous submergent.
La Rébellion (calme): Quelle blague! Ici, personne ne vient. Même pas le
printemps. Chaque année commence au milieu de l'été et se termine à la fin de
l'hiver quand les neiges commencent à fondre sur la pente de la pensée. Et nous
n'existons pas non plus.
La Conscience (étonnée): Nooon? Alors, nous sommes l’avenir…
La Rébellion: On n’est que de simples projets…
L’Écrivaine (rêveuse): Peut-être que si vous me trouviez quelques
superlatifs, même relatifs, je pourrais écrire quelques livres.
La Rébellion (elle clappe des mains, heureuse): Hourra! Tu nous fais des
cartes de visite?
La Conscience (ironique): Nous vous donnons les droits d'auteur sur
l'autorité éternelle! Et nous aurons finalement, ici, une bibliothèque. En fait,
nous serons la bibliothèque ...
L’Écrivaine (rêveuse): J'écrirai sur le rocher afin que cela reste pour
la postérité. Et comme ça, mon art aura de la force tout en gardant dedans la
grandeur et la durabilité de la montagne.
La Rébellion (étonnée): Des cartes de visite en granit?!
L’Écrivaine (calme): Je mets en plus du mica afin que vous brilliez
aussi.
La Conscience: Vous êtes un imposteur! Vous savez bien que vous n'êtes
pas autorisée à créer des chefs-d'œuvre.
L’Écrivaine (après un long silence): Le prochain train viendra, chargé de
talent.
La Conscience (regarde en haut, préoccupée): Dans cette grotte,
avons-nous encore du ciel? Je veux dire ... si nous ne le voyons pas, existe-il
encore?
La Rébellion (doigts pointant vers le bas): Il se trouve à travers la
Terre, en dessous de nous, pour ainsi dire. Oui, nous sommes au-dessus des
cieux! Nous devrons passer parmi les tombes pour atteindre le ciel ... Mais je
pense qu'il faudrait d'abord mourir.
L’Écrivaine (souriant): Cela signifie que je ne peux pas recevoir quelque
chose du ciel; j'attends pour rien.
La Conscience (ironique): Enfin vous commencez à rêver de manière
cohérente et responsable ...
La Rébellion (en continuation): ... d’une responsabilité collective. Des
rêves en rimes accidentelles, grises et éphémères. Arrondies, elles défilent
pour célébrer le chaos.
L’Écrivaine (rêveuse): Depuis que j'existe, je n'ai fait qu'un seul
compromis: j'ai choisi de rester moi-même enfermée dans la cage, à la place de
mes rêves que j'ai laissé s'envoler en liberté, afin qu'ils défient les limites.
Les météorites ailées ne sont-elles pas appelées des anges?
La Conscience: Non, ma chère, il est interdit de porter des ailes de
papillon si vous n'en êtes pas un! Les météorites sont des larves qui
deviendront les anges vers le ciel, en passant par le vide existentiel. Mais il
me semble qu'on entend un fleuve qui coule...
La Rébellion (indifférente): Ce n'est pas l'eau d'une rivière qui passe,
c'est celle de vendredi. Demain c'est la célébration.
La Conscience: Préparons notre esprit à la célébration et prions.
La Rébellion (regarde avec surprise par là): Quoi? Nous n'avons pas
d’icônes religieuses, seulement de la roche ... rugueuse.
L’Écrivaine: Tout est fiction, apparences. Demain, nous avons
l'inauguration culturelle d'une Nouvelle Grotte. J'y expose des blessures
personnelles, telles des icônes sur des murs de pierre indifférente. Âme
blessée, pastelle de gris métaphysiques, dès principes immuables aux éternelles
couleurs; tout ça participe à l'exposition. Qu'elles soient ouvertes les portes
du ciel! Invitez quelques galaxies, des saints, des papillons électroniques, les
forces du bien, les armées de secondes du temps perdu et des navires
cosmogoniques non identifiables, des rivières interplanétaires, les épaves
antiques des civilisations passées, des groupes de lucioles et des vagues de
gloire, oui, de larges segments de mystères et de merveilleux dieux avec leurs
propres doctrines, des milliers de pourriels et quelques petites créations
romanesques.
La Rébellion (penseuse): Cette galerie d'art, ou comme vous voudrez bien
l'appeler, elle n'est pas connectée à Internet?
La Conscience (faisant des pirouettes dans le jeu): Si. A coup de fil de
téléphone rouge. Celui tissé par une araignée rouge. Mais maintenant il est pris
dans un vieux chiffon à poussière.
La Rébellion (rêveuse): Tu vois? Si on le décroche, on peut en faire une
boule ronde, comme une grappe d'idéaux de laquelle nous tissons la nouvelle
voûte des cieux, avec le ciel, les saints et les feux d'artifice, avec tout ce
dont nous avons besoin.
La Conscience: Et nous aurons tout dans nos propres limites. Ici, dans la
captivité de cette grotte.
La Rébellion (rêveuse): L’éternel neutre…
La Conscience (ironique): Ou alors nous pouvons tisser des cordes
épaisses et puis avec elles tirer les ficelles de l'univers...
L’Écrivaine (regarde vers la porte): Si un train venait maintenant avec
un millier de personnes?
La Conscience: Alors vous comprendriez vraiment combien vous êtes seule.
Vous transcenderiez la Grotte.
La Rébellion (semblant penser, très préoccupée par quelque chose): Celui
qui est seul, a-t-il encore des ennemis?
L’Écrivaine (surprise): Mais je ne suis pas seule, je suis avec vous.
La Rébellion (rêveuse): Nous sommes des personnages insignifiants. Notre
destin est commun, mais différent comme avenir et fatalité.
La Conscience: Tu ne vois pas que nous n'avons même pas d'ombre ici?
Elle récite d'un air sérieux, tournant en rond:
Autour de moi, ce ne sont pas des gens mais des étoiles,
Je cours sur la Voie Lactée,
Les dieux sont seuls aussi et ils sont lourds
Les silences qui convergent de par moi-même …
La Rébellion (reprend l'idée, rêveuse): Nos ombres malades ont fondues à
la nostalgie de la lumière et elles s'écoulent parmi les stalactites de la
mémoire.
L’Écrivaine: N'avez-vous pas remarqué que lorsque notre âme est vide, son
ombre est blanchâtre et qu'elle a des dimensions cosmiques?
La Conscience (va à la porte, l'ouvre, regarde partout, puis elle ferme
la porte de nouveau et elle dit tristement après une pause): Il n'y a pas de
train à venir, nous sommes exilées. Il n'y a pas de trains en l'exil, PAR ICI ON
NE PASSE PAS! Seulement les esprits les plus hantés. Mais ce sont des esprits
doux, avec bon sens et éducation de salon, équipés de modestie exemplaire et de
talent médiocre.
La Rébellion (indifférente): Jusqu'à ce qu'ils aillent courir aussi, avec
leur voisin l'infini, nous laissant seules dans cette grotte des carrefours du
temps.
L’Écrivaine (avec un air de plaisir): J'ai un portable qui est capable de
créer de nouveaux mondes, de nouvelles Amériques traversés par des bataillons de
pixels lumineux et éclairées et organisées dans un nouvel ordre mondial. Je suis
le maître de l'univers et des vers, parallèles et perpendiculaires, transparents
et transcendants!
La Conscience (ironique): Nous le savons. Lors de la dernière
manifestation, vous vous êtes créée vous-même. Superflue et téméraire que vous
êtes, vous avez oublié de créer le monde dans lequel vous alliez vivre. C'est
pourquoi maintenant vous siégez seule dans cette grotte qui n'existe pas, sauf
comme une illusion de la profondeur intérieure.
La Rébellion (poursuivant l'idée): Car votre misanthropie est réduite à
ne pas permettre la proximité de miroirs.
L’Écrivaine (fière): Je suis un Homoprogrammeur de succès. J'ai un
programme qui crée des vies virtuelles et vertueuses, belles, pleines,
abondantes, usées par le temps de la gloire et rapides, anoblies par des beaux
sentiments, avec des amours qui déplacent les montagnes, des mots et des actes
allant de l'or au miel...
La Conscience (ironique): Et qu'attendez-vous donc? Pourquoi ne pas créer
ce monde merveilleux?
L’Écrivaine (abdiquant): Je n’en ai aucune raison. J'attends le Monde de
l’Après. Jusque-là, je voudrais un monde réel.
La Rébellion (en souriant): Réel? C’est à dire un monde qui t’aime…
L’Écrivaine (rêveuse): Un amour maximal dans des doses létales. Mais
seulement pour le temps du travail. Le temps libre est sacré.
La Rébellion (calme): Non, le feu est sacré! Mais vous les avez toujours
tous mêlés.
La Conscience: Tu es comme une fleur de cave.
L’Écrivaine (souriant): C'est à dire, belle, fragile et tendre?
La Rébellion: C'est à dire un minéral qui reste en profondeur et qui ne
sort pas à la surface pour ne pas être superficielle.
La Conscience (autoritaire): Vous vous tuez tous les jours, de crainte de
l'immortalité. L'éternité vous a toujours inquiété comme tout ce qui engage à
long terme.
L’Écrivaine (rêveuse): Ô toi, Grotte du Rêve, Désert de la Promesse,
Terre Bénie! Vos portes ouvertes m'ont ouvert ce purgatoire délicieux...
La Rébellion (rêveuse): ... coupé deux tailles au dessus pour que vous
vous sentiez plus à l'aise.
L’Écrivaine (recherchant, cependant, quelque chose autour): Je voudrais,
s'il est possible, un surplus d'espace pour certains dieux païens qui
m'accompagnent partout, comme des ombres.
La Conscience (ironique): Personne ne vous accompagne. Ici, même vos
illusions n'ont pas le droit d'entrer.
L’Écrivaine: Alors, comment êtes-vous entrées?
La Conscience (calme): Nous ne sommes pas entrées, tu es seule. Je te
l'ai dit, mais tu ne veux jamais comprendre.
L’Écrivaine: Je ne suis pas seule, je suis simplement indépendante! Cette
grotte, plus vaste que votre imagination n'ose le penser, est plus animée que
les créatures du dehors.
La Conscience (ironique): Même si elle se tait maintenant?
L’Écrivaine (rêveuse): La vie même se tait parfois et je ne la dérange
pas. En son silence, j'entends mes rêves qui se brisent dans le bruit des
morceaux sur les pierres de la négligence.
La Rébellion (souriante): Celle que vous appelez la vie, ce n'est que sa
poésie. Mais pour vous ça ne compte pas.
L’Écrivaine (penseuse): J'aime les miracles prévus, bien soumis et, s'il
est possible, aussi en versets.
La Conscience (marche sans s'arrêter): Oui, je sais. Après de sérieuses
études métaphysiques et sportives, ça a été votre dernière invention: la machine
à miracles connectée à la machine aux rimes avec ultrasons. Mais je vous dis
manifestement que je ne suis pas votre esclave, je suis un processus de la
conscience!
La Rébellion: Si nous ne sommes pas un syllogisme, alors je ne vois pas
pourquoi rester ensemble ici. Je pars!
L’Écrivaine (étonnée): De là, de la future bibliothèque idéale? Et où
irez-vous? A l'extérieur, parmi ceux qui se vantent d'avoir de l'esprit, même
s'il n'est que celui du troupeau?
La Conscience (avec gentillesse et compréhension): Ce sont les brebis de
Dieu. Toutes savent compter jusqu'à cinq sens, sept péchés et dix commandements.
La Rébellion (ironique): Notre troupeau est au-dessus de tous les autres,
il se nourrit seulement des lauriers de la victoire. Nos fantasmes sont plus
artistiques. Notre poésie a trois sexes: féminin, masculin et épique. Notre
prose est elle-même un poème naturel.
La Conscience (d’un air grave): Vous dites n’importe quoi! Ce n'est pas
la grotte, c'est une boîte noire. Inutile, si on n’y tombe pas …
La Rébellion: Mais tu ne peux pas tomber car tu as grimpé dans l'arbre
encensé, et de là, vous savez que rien de bon ne tombe.
L’Écrivaine (Elle se lève et s'approche en marchant majestueusement
devant la scène où elle récite gravement avec des pauses): Je suis Ana. Je me
suis enfermée dans la montagne comme une momie dans sa propre pyramide. Passez
attentivement, pour ne pas me sortir de mon sommeil millénaire de ma propre
anxiété. J’ai couché sous les dalles de pierre stérile mon âme vagabonde que vos
pieds frottent comme dans un délicat tumulte. Les murs, pour vous froids et sans
voix, sont, pour moi, des fantasmes de la pensée. Ma maison est un asile de
papillons à la fenêtre de laquelle l'éternité attend...
La Rébellion (ironique): Ta maison est un asile de papillons qui ne
volent plus. Ils se jettent dans le vide, parfois. Le vide existentiel.
La Conscience (étonnée, vers l’écrivaine): En outre, nous croyons que
personne ne se contredit quand il parle, tout comme vous.
L’Écrivaine (rêveuse): Mais je ne parle pas. Je viens d'écouter.
J'entends le crash de haut-vol à haute altitude, vers d'autres horizons.
Toujours trop élevé. Des avalanches d'ailes brisées, flottant, rêveuses. Charge
insupportable que le vent souffle, en riant, insouciant.
Mes illusions sont vives et créatives. Mes déceptions sont sublimes comme des
trous noirs au bout du tunnel du temps.
Je rêve d'une nouvelle forme d'existence. Dans laquelle nos parents doivent être
nos propres pensées, et nos enfants, nos propres vols au pays du Lever du
Soleil, de l’Aube. Où la poésie enfle après l'âge de soixante-dix ans pour se
sentir vivante elle-même. Où notre point d'appui est l'orbite de notre soleil,
et la vérité, un ruisseau qui coule entre ses limites essentielles. Que tout
soit traversé par de profondes significations et que tout le mystère soit pur,
jusqu'à la transparence.
Et je rêve encore d'avoir un billet aller-retour, avec plusieurs entrées pour
l'âge géologique et d'avoir une réduction de tarif pendant chaque week-end.
La Rébellion (ironique): Toi, avec une réduction de tarif? Toi qui, même
en autobus, achètes deux billets en te disant que ça te donne de la valeur…
L’Écrivaine: Seulement pendant le week-end, j’ai dit. Une poignée de
solidarité avec l'humanité pauvre et honnête. Le royaume des billets de
solidarité anthropo- géographique.
La Rébellion (faisant des gestes avec sa pipe): Avez-vous déjà pensé que
sur mes épaules vous vous êtes hissée, et maintenant vous me regardez d'en haut?
Vous êtes votre propre statue érigée ici, dans la maison des illusions, et vous
croyez en vous comme si vous existiez vraiment.
L’Écrivaine (rêveuse): Faux! Je ne crois que dans mes chimères. Par
exemple, je suis une chimère à laquelle je crois, avec un minimum de respect qui
est la crainte mutuelle maximale d'elle. D'autres chimères viennent au pas de
défilé, assombrissant mes horizons créatifs. C'est un combat juste. Je suis
vaincue, morte et blessée par mes propres fantasmes. Mais je sais que j'en ai
cassé assez, moi-même…
La Conscience: J'ai trouvé un logiciel qui, basé sur plusieurs morceaux
de l'âme, reconstruit l'arbre généalogique de toute la famille.
L’Écrivaine (indifférente): J'ai trouvé beaucoup d'arbres généalogiques
qui n'avaient aucun soupçon d'âme en eux. Seules certaines aspirations à la
branche supérieure.
La Rébellion (avec des pauses pendant lesquelles elle tire sur la pipe
vide): Votre arbre généalogique est un saule pleureur. Les feuilles coulent en
ruisseaux de larmes qui remontent à travers la sève créatrice des rêves, pour
des dieux encore inimaginables. Dieux décentralisés, pas encore nés.
L’Écrivaine (rêveuse): Je voudrais que mon arbre généalogique soit
l'Histoire de la Littérature Universelle. Que je sois la fille d'Enheduanne,
élevée dans le Berceau de la Civilisation de l'Humanité, la héritière d'Innane,
aux portes de l'Enfer …
La Conscience (ironique): Etrangère, aux portes fermées de l'enfer, tu
veux dire.
L’Écrivaine (rêveuse): Pour caresser les oreilles des dieux avec le
gémissement de ma lyre.
Elle prend un câble de l'ordinateur portable et récite, en le pinçant comme elle
le ferait avec les cordes d'une harpe:
D'étranges Dieux, parmi les mâts,
Ont invoqué leur Moire,
Pendant qu'onde sur onde se brise,
Caressant, en un gémissement, la lyre…
On entend un train au loin, d'abord doucement puis de plus en plus fort jusqu'à
l'arrêt (on dirait des grincements de bêtes). La Conscience court vers la porte
et l'ouvre, pendant que la Rébellion regarde avec curiosité; l'écrivaine reste
absente, comme si elle n'avait rien entendu.
La Rébellion (anxieuse): Il y a quelqu'un? Qui est là? Qui est venu?
La Conscience (applaudissant, heureuse): C'est l'Echec!
La Rébellion: Quoi? Le Cheikh?!
L’Écrivaine (se levant, étonnée): Le Shah d'Iran? En personne? Le cortège
royal? Je veux dire, la suite royale, rois, princes, têtes couronnés, nous
rendent visite ici?
La Conscience (se tournant vers elle): L’Art ASHA. Le jeu du Microcosme
et Macrocosme, de l'ordre cosmique, de la vie et des rois, venu directement de
la Perse Antique.
La Rébellion (étonnée): Quel jeu?
La Conscience (d’un air mystérieux): Les Règles universelles dans le
symbolisme sumérien, apportées dans la Voie Lactée par Fravashis et Ahuras
eux-mêmes, les représentants des lois cosmiques et des forces de la nature, les
agents de la lumière et des forces des ténèbres, les Daevas et Khrafstras. L'Eternelle
bataille cosmique entre le bien et le mal, entre la lumière et l'obscurité.
La Rébellion (encore étonnée): C'est ici, dans notre grotte, que se
trouve le carrefour de liaison et de compréhension à l'égard de Zarathoustra????
Alors que nous appliquions notre nouvelle règle de vie dans le système
d'auto-analyse Asha?
La Conscience (montrant l’écrivaine): Et elle sera l’Humain, le
personnage principal avec un unique rôle dans le travail de la Création sur la
Terre. Nous allons partager la scène de la vie en 64 carrés, disposés en en
alternance, les uns blancs, les autres noirs.
Elle commence à dessiner par terre les 64 carrés sur toute la scène. En arrivant
près du bureau, les autres viennent et elles le déplacent pour tracer des carrés
puis le remettent. La même chose s'applique au banc.
La Conscience (parlant pendant qu’elle dessine): Ici, nous mettons la
Puissance et la Paix, aux deux extrémités, d'abord et avant tout, parce que leur
pouvoir est infini! La Faiblesse et la Violence seront leurs contraires sombres,
à l'opposé sur la dernière rangée.
La rébellion s'exécute rapidement et laisse la porte ouverte en prenant
les deux pièces d'échecs, deux tours de bois blanc, qu'elle apporte à la
conscience et chacune les pose à une extrémité, puis les deux noirs sur la
dernière rangée opposée.
La Conscience (avec fierté): Seul le Gardien les surpasse en importance
pour assurer le triomphe de la lumière sur les ténèbres! Maintenant, l'Amour et
le Travail, les seuls qui, comme dans la vie, peuvent sauter par dessus d'autres
pièces, parce que, comme le dit la Bible, l'Amour est plus fort que la Mort et
il vaincra tout le mal. Leurs contraires, la Haine et la Paresse, seront posées
sur les carrés noirs.
La Rébellion s'exécute à nouveau et va à la porte d’où elle rapporte deux
chevaux de bois blanc qu'elle pose, puis de même pou les Noirs à leur place,
derrière eux.
La Conscience (avec révérence puis lentement): Ils suivent la Sagesse et
la Vie Éternelle qui iront toujours en oblique ... comme L'Ignorance et la Mort,
aussi.
La Rébellion apporte les pièces qui seront posées sur la place des fous,
les blanches devant, et les noirs, en arrière.
La Conscience (vers le public): Levez-vous, s'il vous plaît; entrent le
Créateur et le Conservateur!
La rébellion ramène le roi et la reine, qu'elle place au centre de la
première rangée.
La Conscience (d’un air sévère): Le Créateur se déplacera d'un seul carré
dans n'importe quelle direction, le moment de la Création étant unique. Le
Gardien, cependant, doit avoir toute l'éternité à soi, avec tous les carrés d'Echecs
pour immortaliser son travail. Elle retourne à la porte:
Et maintenant, à l'humanité de venir!
Elle continue à parler pendant que la Rébellion apporte les pions qu'elle place
sur la ligne suivante.
La Conscience (en mettant elle-même les pions): L'homme est la mesure de
toute chose, comme Protagoras a dit, alors il se tiendra debout devant le
Créateur … Après qu’elle ait fini: Ici nous avons l'Homme et la Terre, les
étoiles, l'énergie et tous les points cardinaux. Les Forces du bien et du mal
qui traversent l'univers divisant le temps en carrés blancs et noirs, comme la
nuit et le jour. Malheureusement, maintenant viennent aussi le Dissipateur et le
Destructeur …
La Rébellion apporte maintenant le Roi et la Reine noires qu’elle place au
centre de la dernière rangée opposée.
L’Écrivaine (en se levant, se penche vers les pièces blanches): Je vous salue,
Fravashis, vous, l'Eau, et toi, Soleil, et vous, l'Air et la Nourriture; bonjour
l'Homme, la Terre, la Santé et la Joie! Ici, vos sombres opposés: l'Obscurité,
l'Eau et l'Air Corrompus, la Nourriture Infestée, les Terres Arides, la Maladie
et le Chagrin. Vers les spectateurs: Les lois qui régissent l'Univers, comme
vous pouvez le voir, se trouvent partout. La bataille entre les forces de la
Lumière et celles des Ténèbres, entre le Bien et le Mal, ou la Conscience et la
Rébellion, est donnée à n'importe quel niveau de la grotte, même à l'intérieur,
même dans la nôtre, celle de notre exil.
Rideau.

ACTE II
Les mêmes
personnages; seul le bureau est déplacé vers la gauche, la scène reste vide au
milieu, le tronçon de pièces d'échecs. La conscience est assise sur le banc, à
droite, et la rébellion, sur le siège gauche du bureau. En l'absence de
spectateurs qui s'engageraient dans une participation interactive, dans la salle
seront positionnés quelques comparses, mais seulement quatre seront des réserves
pour les rôles qui appartiennent au public, et deux supplémentaires, l'Enfant
dans le rôle de la colombe blanche et l'Amour. Au milieu, l'Écrivaine s'adresse
à l'auditoire venant à eux jusqu'au milieu de la scène.
L’Écrivaine: Chers spectateurs, l'Art Asha est la lutte entre la vie et
la mort, la lumière et les ténèbres, le bien et le mal, la beauté et la laideur.
Nous vous avons invité ici comme spectateurs, mais cela ne peut pas continuer
comme ça. Vous ne pouvez pas rester en dehors du jeu, calmes et indifférents sur
les sièges de l'indifférence. Prenez part au jeu! Dans l'Art Asha, nous sommes
tous des acteurs égaux. En ce moment, j'abolis les limites de la scène! Dans le
Jeux des Jeux, notre scène sera toute la salle, tout le monde, elle sera
vraiment l'univers. Oui, l'univers avec les étoiles et les dieux,
l'environnement et le Monde d'Alors, l'univers des idées et des aspirations. Je
demanderai au directeur du Théâtre que la salle soit divisée à l'avenir, dans
les sièges en noir et blanc, et que les billets soient distribués selon
l’univers spirituel de chaque personne. L'homme qui viendra à la caisse pour
demander un billet aura à choisir noir ou blanc, par la consultation préalable
de ses forces intérieures. Que chacun en ait conscience pour dire: je suis
l'Air, je suis la Nourriture, je suis l'Heureux, je veux un billet d'Homme. Ou
bien je suis la Tristesse, la Terre Aride, je suis le Dissipateur...
La Conscience: Et vous serez le premier dramaturge au monde à vouloir
jouer avec la salle à moitié vide. Qui d'après vous occuperont les sièges noirs?
L’Écrivaine: Ce n'est pas un jeu de société ou un nouveau jeux de mots,
c'est le Nouvel Ordre Mondial fondé sur la théorie mathématique du jeu qui
combine le jeu des lumières et le jeu de la chance, le jeu avec le feu et le jeu
du rôle unique, des jeux populaires et des jeux magistraux, en y ajoutant des
joueurs, joyeux, jouets. J'abolis aujourd'hui non seulement les limites de la
scène mais aussi celles de l'esprit et de la tête.
La Rébellion: Attendez, ce ne sont pas ceux à qui vous pensez! Les
Esprits limités seront toujours là, vous n'avez pas toute la puissance.
L’Écrivaine: Moi, seule, je n’en peux plus ... Mais si j'appelle les
forces de la lumière d'Ahuras et de Fravashis! Ô, vous, lumière du rêve et rêve
sans limite!
La Rébellion (contemplant les noirs): Sur ces carrés, je vois des filles
de petite vertu et des mauvais garçons. A qui parlez-vous? Seule, comme
d'habitude?
L’Écrivaine: Nous allons faire une expérience. Ici, je vais inviter le
public sur la scène des acteurs. Que la Puissance entre!
La Conscience (regardant dans la salle): Le gouvernement est-il avec
nous? La Puissance s'est-elle auto-exilée?
L’Écrivaine: Non, chérie! Le pouvoir créateur de l'esprit.
La Rébellion: Et la force des muscles ne fonctionnent plus? Dis donc !
Celle-là a bien travaillé en son temps. C'était à la mode …
L’Écrivaine: Ca l'est encore maintenant mais nous l'appellerons la
Faiblesse et elle siégera sur un carré noir. Messieurs, Mesdames, s'il vous
plaît! Ceux qui veulent jouer les rôles de la Puissance et de la Faiblesse
peuvent venir prendre leur place.
On attend quelqu'un du public. S'il monte, il sera dirigé vers le premier carré
sur la gauche de la scène, les pièces blanches ou noires, étant disposées vers
la porte et L'écrivaine continue à inviter des gens du public. Si personne ne
vient, le premier comparse "réserve" montera.
La première réserve (s’adresse au public): Je suis la première réserve.
J'ai accepté ce rôle parce que nous comprenons que nous tous avons des réserves,
même si nous ne voulons pas que des réservations. Je comprends que ma place est
dans l'ombre. Même les réserves apprennent quelque chose de la vie…
Elle fait une révérence au public et se déplace alors vers le premier carré noir
à l'arrière de la scène.
La Conscience (seulement dans le cas où la place de la Puissance n'est
pas occupée par le public): Curieux ... la place de la Puissance, la plus
convoitée au monde, pour laquelle beaucoup luttent, ici personne n’en veut …
L’Écrivaine: Les invités suivants seront la Paix et la Violence.
La Rébellion et la Conscience (les deux sautent sur des chaises en même
temps et en criant, gesticulant avec les mains): Sans-vi-o-lence!
Sans-vi-o-lence!!!
L’Écrivaine: Mes chères, mais que serait-t-elle la paix, sans violence?
La Rébellion: C'est vrai, comment pourrions-nous aimer la fin de la
guerre, si elle n'a jamais commencé?
L’écrivaine: Il y a des guerres froides, psychologiques, de libération ou
larvées. Il y a la guerre avec soi-même. Comme il y a la paix dans le monde ou
la tranquillité d'esprit. Je vous invite sur scène!
On attend encore deux personnes du public pour combler le second carré blanc
d'un côté et de l'autre, son opposé, le noir. Si personne ne vient, la seconde
"réserve" montera sur scène ; ce sera un rôle de colombe blanche, un enfant, et
il dira son rôle.
Si les deux personnes de la salle montent sur scène, l'Écrivaine continuera à
appeler l'enfant:
L’Écrivaine: Il n'y aura jamais trop de paix. Colombe Blanc, passager,
messager de la paix, je vous invite sur scène!
L’Enfant (s'approche du centre de la scène et commence à raconter): Je
suis né sur une montagne dominante, avec des forêts ombragées et des grottes
éparpillées au plus profond desquelles des animaux féroces se retranchaient
tandis que les oiseaux beaux et colorés chantaient merveilleux dans l'air; mes
ancêtres étaient des chasseurs libres et courageux.
La Conscience (s'approche, préoccupée par l'enfant comme si elle
voulait en entendre plus): Je connais ces montagnes, là; y demeuraient des
puissants qui se disaient les Daces ... Dis, mon petit, quelle est votre
histoire?
L’Enfant: J'ai été un bel enfant, beau comme un ange, avec des yeux
bleus comme le ciel et de blondes boucles sur un front serein, mais cette
carapace était trop fragile et trop petite pour la frêle rivière tourbillonnante
qui grandissait en moi à chaque instant, plus vivant et augmentant le désir
irrépressible de se déverser aux quatre coins et de les traverser, parfois
seulement en un murmure chantant, parfois en cascades orageuses. Les gens
m'aimaient pour toute ma beauté, mes grands yeux brillaient comme des perles
dans la lumière du soleil et mon sourire timide se cachait derrière, que je
craignais que mon âme d’enfant fragile, un jour, ne me couvre plus et me laisse
loin dans la grande inconnue, dehors, et qu'on me laisse aller dans une liberté
menaçante à travers un monde étranger et inconnu à mon faible coeur. J'étais un
enfant silencieux car les mots que j'envoyais avec amour aux autres,
n'arrivaient jamais à eux, mais frappés comme un bouclier invisible, ils
rentraient blessés; j'ai été un enfant heureux extérieurement parce que mes
blonds cheveux brillants remplissaient les alentours de soleil comme une chanson
vivante et écrasante, mais intérieurement, je subissais une tristesse qui
pénétrait à travers ma carapace criblée et m'en évadais progressivement.
L’Écrivaine: Et comment, enfant fragile, vous êtes-vous échappé de cette
profonde tristesse?
L’Enfant: J'ai décidé de quitter le revêtement bizarre dont le Créateur
m'avait doté, maladroitement; laissé vide et solitaire sous le soleil, mon cœur
qui était de couleur claire, s'est transformé en une colombe blanche et les
ailes de la pensée m'ont porté sur l'immensité du ciel, sur celle de mon ami le
soleil, qui envisage dans sa douce lumière l'infini, et pendant les nuits
froides et tristes, écoutant les poèmes de la Lune pleins de beaux rêves.
La Conscience (commence à réciter, pas à pas, gracieusement, en zigzag,
seulement sur les carrés blancs et en évitant soigneusement les noirs):
Je fais de mes mains un creux de gourmand
D'où jaillit un ruisseau de larmes,
Un flocon de neige traverse des chants
Dans lesquels le vent, fatigué, s’endort…
L’Enfant (regarde, en souriant, la danse et puis il continue): Marchant
dans les vastes horizons en 1185 avant J.C., j'ai atteint la côte nord de la
Syrie d'aujourd'hui, alors une terre bénie par Baal, le dieu de la fertilité et
des montagnes, du vent, des nuages et de la pluie, qui s’est offert en proie à
la mort chaque année pour relancer la vie et rendre la terre fertile avec son
abondance de cultures, de légumes pour la gloire du Seigneur. Ici, j'ai
rencontré un esclave; il n'avait pas de nom si ce n'est celui d'esclave.
Phrygien avant tout, il était passé par le port des phéniciens et leurs douanes,
ravi par leur grande capacité à inventer le futur, ce quelque chose qu'il aurait
parfois souhaité si son esprit avait osé l'atteindre alors qu'il n'avait fait
que le craindre jusqu'à présent. La chemise dont il semblait être si fier, en
fait n'était qu'un vieux chiffon qui descendait le long de son dos plié en deux
lors de son travail quotidien dans l'atelier; ses pieds se déplaçaient
lentement, sans chaussures, noueux et couverts des blessures des chaînes l'ayant
lié à de trop nombreux maîtres. Ce qui fût le plus singulier dans cette
tristesse, ce fût de devenir vraiment aveugle à cause des longs séjours auprès
du four qui crachait des flammes et de minuscules particules d'alliages pendant
la terrible combustion du bronze. Il venait souvent s'asseoir face à l'étendue
de la mer Tyrrhénienne en disant qu'il voyait la Sainte Montagne vers laquelle
ses plus secrètes pensées se dirigeaient à chaque instant. Non, il ne le disait
pas avec des paroles car sa bouche était muette et sa voix ne se faisait pas
entendre; j'ai pu lire dans les pensées, cette langue apprise et utilisée par
moi quand ma carapace endurcie ne me permettait pas de parler aux autres. J'ai
donc appris que lui aussi, comme moi, perdu dans le passé et dans un monde
étranger, appartenait à un autre monde qu'il pensait retrouver au delà de
l'étendue d'eau, sur le mont lointain dont il rêvait pouvoir un jour atteindre,
afin de trouver âme, esprit et lumière dans une seule et même peau normale. Il
me demandait souvent, dans nos moments d'intimité sous les doux rayons de la
Lune, comment était le mont; certain que j'avais été là et de ce que j'y avais
vu, je lui racontais en images colorées la grandeur des pics qui traversent le
ciel, flanqués de fortes roches et de pentes abruptes, de forêts ombragées de
mystère et de sources bouillonnantes, du froid sauvage de l'éternité, des roches
et créatures éphémères qui avaient sillonné les collines. Il m'écoutait
avidement en disant souvent: oui, exactement, je sais, je me souviens, je sais
que j'y étais moi-même, de là-bas je viens...
La Rébellion (commence à réciter, en pensant au même bureau):
Dieu sourit à travers les fleurs des arbres,
le vent souffle sa partition musicale
sur le pupitre des branches,
Le vent emporte le cœur des fleurs,
la Terre est le berceau des couleurs,
Marié avec l'infini,
Saturne s'est mis la bague,
l'arbre recueille la mémoire collective des feuilles,
Mon pays est cette pensée,
mon abîme est un asile pour papillons…
Enfin elle se leva et fit une révérence à l'enfant, l'invitant avec un geste de
la main à continuer.
L’Enfant (enveloppé dans la pensée): Pour passer son temps dans la gloire
du grand Dieu, comme d'autres esclaves, artisans, il fabriquait cette fois une
statuette qu'il voulait donner, accompagnée d'un sacrifice; à la manière des
Phéniciens, le premier enfant né était offert au Seigneur comme sacrifice
suprême. Mais lui n'était qu'un esclave qui n'avait pas d'enfant et n'en aurait
jamais, comme il n'aurait jamais une telle liberté, et alors quel serait son
sacrifice? A la minute où il m'a choisi comme le sacrifice suprême, j'ai compris
que j'étais son enfant à naître, reparti dans le temps et venu ici sous
l'apparence d'une blanche colombe voyageuse, juste pour faire que cela soit
possible...
J'ai prié alors mon ami, le glorieux soleil, de venir m'aider, et il est venu
avec des rayons de feu pour faire fondre les chaînes de mon futur père, pour
restaurer sa liberté d'aller dans la Belle Montagne, pour la nouvelle vie dont
son âme depuis longtemps rêvait.
Là, sur une colline boisée de la montagne, je suis né, un enfant beau comme un
ange dans une coquille trop fragile et trop petite...
Tous les personnages sur la scène félicitent l'enfant et l'Ecrivaine l'emmène à
la place de la reine du carré blanc.
L’Écrivaine: Vous serez le Gardien parce que votre esprit est éternel.
Vers le public: Qu’il entre, l’Amour!
La Rébellion (elle crie): Qu’elle entre, la haine!
La Conscience: De l'amour à la haine il n'y a qu'une petite étape …
On attend encore deux personnes du public pour combler le troisième carré blanc,
et son opposé, le noir. Si personne ne se propose, la troisième réserve montera
et elle dira son texte.
Si les deux personnes du public montent sur scène, l'Écrivaine continuera à
appeler L'Amour:
L’Écrivaine: Non, nous n'avons jamais trop d'amour. Ô, viens-t'en,
frisson sublime!
L’Amour (vient au milieu de la scène et récite):
La rivière ne sait pas combien de larmes elle porte
sur son chemin vers la mer,
même si elles sont à vous ...
Ne regrettez-vous pas la neige
parce que vous vous ennuyez du soleil,
mais l'harmonie
est mieux que l'ennui du bien.
Comment peut-il y avoir un pic de montagne, sans l'écart autour de lui?
Ainsi, sont le comble du bonheur,
et l'abîme de la douleur.
Passent aussi,
un grand amour, une grande douleur, un rêve ...
mais sans eux, combien nous sommes petits!
Va à l'absolu,
regarde à travers le prisme des grands nombres,
Rêve la pure lumière,
même si tout est relatif ...
Comme le soleil
supprime les traces de la tempête,
un sourire guérit les blessures;
apprenez à pardonner
à vous-même.
L’Amour fait une révérence au public et se dirige vers le quatrième
carré, celui du Roi blanc, en disant:
En cette saison, avec votre volonté, je serai le Créateur et le monde sera la
création de l'Amour!
L’Écrivaine (bien évidemment, se trouvant là où il y a de la place,
s'adresse, comme d'habitude, au public): Qu’il entre, le Travail!
La Rébellion (se lève et crie): La Paresse aussi!
On attend les deux personnages du public, et si elles ne viennent pas,
l'écrivaine invite la Réserve N° 4 qu'elle emmène ensuite vers la deuxième
place, à droite.
L’Écrivaine: Au travail, je vois que personne ne vient et pas plus la
paresse. S'il vous plaît, la Réserve n° 4, entrez dans le rôle de la Paresse. La
case du travail restera libre, car nous sommes à cours d'emploi ... Et
maintenant, libre d'aller sur le stade, voilà la Sagesse!
La Rébellion (riant): Et l'Ignorance aussi parce qu'on sait que là où on
trouve de l'esprit, on y trouve aussi de la stupidité…
Deux personnages sont censés être conduits dans le troisième carré à gauche, et
s'ils ne viennent pas, l'écrivaine invite la Réserve n° 5 qu'elle conduit vers
le troisième carré, à gauche.
L’Écrivaine: Peut-être que la sagesse ne vient pas lorsqu'elle est
appelée, mais l'ignorance, elle est avec nous ... Qu'elle monte, la réserve n°
5!
Mes derniers invités seront la Vie éternelle et la Mort. S'il vous plaît!
Deux personnages sont censés être conduits dans le troisième carré à droite, et
s'ils ne viennent pas, l'écrivaine invite la réserve n° 6, qu'elle emmène au
troisième carré, à droite.
Qu'elle monte, la réserve n° 6!
La Conscience (récite après que les personnages ou la réserve se soient
assises):
Le sens unique c'est ennuyeux,
même s'il s'agit d'une route qui monte
Nous quittons des passions, des gens, des idées,
pour de nouveaux commencements
sur des routes cachées
- comme des destinées en réserve -
jeu d'enfants tracé dans le sable
et souvent chemins fermés,
On quitte des routes qui grimpent
en sens unique et ennuyeux
vers la mort
en trompant le destin
sur les chemins étourdis
des éternels commencements
des passions
des amours
des errances…
Avec une inutile timidité,
Quand la vie se tait et tu n’oses pas l’inquiéter
En passant sur le bord des chemins du détour
on sème du temps,
pour y augmenter des éternités,
que nous laissons derrière
quand l’éternité devient routine
même si nous n’aimons pas les chemins
qui montent sans nous
Et parfois, nous sommes seulement le décor
du sens unique.
L’Écrivaine: Et maintenant, le jeu peut commencer, et puissent les forces
de la lumière vaincre!
Cette expérience a commencé ici mais elle continuera en dehors de la salle,
parce que vous serez les messagers qui porteront partout les règles de ce jeu
qui va commencer réellement une fois que notre pièce sera finie ... C'est une
histoire qui commence sur scène mais elle abandonnera la salle de théâtre et
son public, en se déplaçant vers d'autres espaces.
Et n'oubliez pas: chaque chambre ou jardin public, chaque classe ou salle de bal
a 64 carrés noirs et blancs, même s'ils ne sont pas toujours visibles à l'œil
nu. Mais avec votre troisième œil, vous les verrez. Assurez-vous que vous tenez
debout sur les meilleurs carrés. Car s'ils représentent des ténèbres, la
lumière vous aveuglera!
Et moi, d'ici, de mon imaginaire, de ma grotte d’Asha, de l'exil, à la place
d’un banal Au revoir, je vous dirai que:
Comme pour les âmes bien nées, la valeur
N'attend pas le nombre des années,
C’est ainsi que le mal vient; triste fleur,
Dans un désert d’idées,
Déluge de mots répandus,
Cœur perdu,
Tout passé,
Tout cassé…
Parmi des larmes
Je pars, vagabonde,
Infinité de charmes,
Jusqu’au bout du monde.

__________________________________
Ecrivaine roumaine (poésie et prose)
A la place de toute biographie, l’auteure aimerait se présenter ainsi :
"Un acrobate du néant qui flotte sur des cordes tendues entre des mondes parallèles, toujours sorti de moi-même, envisagé dans d’autres et d’autres formes de révélations, comme une collection de destins jetés dans l’apathie par des dieux dépressifs, qui gouvernent bizarrement, au delà du temps.
Un moi-même sans future, condamné à tourner pour toujours dans le temps,, à reconstruire mille fois un ancien monde perdu. Un maudit restant perplexe devant les apparences, dans l'impossibilité de se trouver, de savoir qui il est et de connaître la réalité. Un moi-même présent et sans evolutions, perdu dans un tourbillon de désespoir.
Un monument de tristesse universelle, dont les larmes lavent l'humanité en pluies dévastatrices."
Extrait de “ LA MALEDICTION ”, roman d'amour fantastique.
(Violinne)
Bibliographie:
1. “Poèmes”, Ed. Semanatorul, 2011
2. “Tablettes de Ras Shamra” - prose, Ed. Semanatorul, 2011 (en roumain, seulement)
3. “Débordement de mots” -Volume collectif, Ed. A.S.P.R.A., 2011 (en roumain, seulement)
4. “La Grotte de la Promesse”, pièce de théâtre, éd. Semanatorul, 2011 (en français, seulement sur mon site)
http://violinne.muntii-bucegi.ro/Theatre/